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by Catherine Miran Press Office

Hugo Matha x Rubin | Interview Croisée

On ne présente (presque) plus Hugo Matha mais on présente de plus en plus ses amis, artistes, auxquels il s’associe, fédérant autour de lui un collectif créatif aux dimensions évolutives. A l’occasion de la Fashion Week, le jeune designer dévoilait dans un hôtel particulier du seizième arrondissement une présentation conçue en étroite collaboration avec le musicien Rubin. Retour sur cette partition à quatre mains avec les deux auteurs-interprètes.

HUGO X RUBIN

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1) Hugo tu es designer, Rubin tu es musicien, comment est née votre collaboration autour de cette présentation ?

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H : J’ai rencontré Rubin il y a cinq ans via un ami, avant de lancer ma marque. J’avais réalisé une collection de fin d’études que j’avais nommé « Instants Abscons », et j’avais demandé à Rubin de réaliser la bande son de ma présentation. Ça a été le point de départ de notre collaboration.

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R : J’ai entendu parler de Hugo pour la première fois à l’Ecole Duperré, où j’avais été invité à venir voir les travaux de fin de cursus des étudiants, et j’ai trouvé que son travail sortait du lot. On a très vite été amenés à se rencontrer par la suite car nous avons des amis en commun.

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H : Pour notre présentation cette saison, comme Rubin s’apprêtait à sortir son 1er EP « Le Matin des Magiciens », on s’est dit que c’était l’occasion de renouveler cette aventure de façon plus poussée avec une cohérence à tous les niveaux : visuel, sonore, etc. C’est une façon d’aboutir ce que nous avions commencé il y a cinq ans.

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2) Vous développez un concept commun, baptisé 02032016 en référence à la date de la présentation. Que symbolise le cercle que l’on retrouve sur tous les visuels de ce projet ?

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R: Au-delà de la présentation, le projet 02032016 se matérialise principalement grâce au site web www. 02032016.com qui servira à terme de plateforme de vente aux sacs et aux objets crées par Hugo à l’occasion de cette collaboration. Le choix du cercle est une référence aux ouroboros, un symbole très ancien qui représente la figure du serpent mordant sa propre queue, s’inoculant son propre venin et accédant ainsi à la connaissance. C’est un symbole qui incarne à la fois le mouvement et le renouveau perpétuel, tout autant que la continuité. Ça correspond bien à nos démarches respectives.

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H: C’est aussi une référence au travail de Richard Long pour l’aspect culte et cérémonial qui correspond à l’histoire qu’on voulait raconter au travers de cette présentation. C’est également un clin d’oeil au cercle d’amis que nous avons impliqué dans ce projet et avec lequel nous avons créé une nouvelle dynamique de travail qui nous nourrit les uns les autres. C’est une sorte de cercle vertueux qui continue sa courbe au-delà de la présentation car après avoir invité Rubin sur ce projet, je serais à mon tour son invité lors de son concert au Silencio.

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3) Hugo tu travailles le bois, le cuir, le plexiglas et plus récemment le métal, en quoi ces matériaux t’intéressent-ils dans tes créations ? Christian, de quelle façon le rapport aux matières et aux textures des créations de Hugo t’a-t-il influencé ?

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R: Ce qui était intéressant pour moi en tout 1er lieu, c’était de me retrouver dans une démarche de travail très différente de la mienne. D’habitude je reste enfermé en studio pendant des mois pour composer. Là je me suis retrouvé dans un bureau avec Hugo, et avec toute l’énergie qu’il envoie c’était déjà un changement en soit ! Plus sérieusement, ça a aussi été une grande prise de conscience de ce qu’est la mode et du vertige total dans lequel on se retrouve parfois. Ça va vite, il faut être créatif, productif, réactif… Dans la musique on a beaucoup plus le temps de faire les choses et de les peaufiner, on n’est pas soumis à la régularité des collections. J’avais déjà travaillé avec des designers de mode mais pour des musiques de défilé, ce n’était pas la même approche.

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H: L’idée que j’avais en travaillant avec Rubin, qui est une idée que j’essaie d’imposer plus largement, c’est d’aller plus loin dans le principe de la collaboration. Monter des projets plus radicaux qui vont plus loin, aussi bien dans l’aboutissement du produit que dans le partage tout au long du processus. Avec Rubin, j’ai bénéficié du recul qu’il a sur la mode, de son œil neuf, de sa vision qui n’est pas faussée par une culture mode qui peut parfois être envahissante. Pour moi c’était plus facile d’avancer de cette façon car on revient à une forme d’échange plus simple et spontané. Quant aux matières, on en parlait finalement avec le même champ lexical que la musique : les teintes, les timbres, les textures…

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R: Sur mon album « Le Matin des Magiciens », j’ai utilisé de vieux instruments comme des claviers Moog, que j’ai recherché pour leurs sonorités qui sont très liées à certains albums des années 1970, eux-mêmes souvent inspirés par la magie. La connexion avec le travail de Hugo s’est faite naturellement par la suite.

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4) Rubin tu as également invité Brigitte Fontaine & Alex Hasson à participer à ce projet. Le mélange des univers musicaux, c’est quelque chose que tu recherches systématiquement dans ton travail ?

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R: La musique étant ce qu’elle est aujourd’hui, j’essaie avant tout de me faire plaisir et d’en faire un carrefour [Hugo lui souffle « un cercle »] pour rencontrer le plus de gens possible, que ce soit des gens qui m’ont inspiré ou des gens que j’admire artistiquement. C’est à la fois un moteur créatif et un enrichissement personnel.

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H: Je trouve ça très important, quand on a une vision créative, de la partager. Ça nous emmène plus loin, aussi bien nous, les personnes, que le produit qui naît de ces collaborations. A trop travailler seul on se prive parfois d’apports extérieurs qui sont souvent bénéfiques.

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5) Autour de votre collaboration on retrouve plusieurs mediums tels que la photo, la vidéo, la musique ou encore la calligraphie, tous amenés par différents artistes. Votre collaboration, c’est aussi celle d’une équipe, d’une famille créative ?

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H :Bien sûr, mais ce n’est pas une famille fermée contrairement à certains cercles qui existent dans la mode comme dans d’autres milieux. Notre principe, c’est que quand tu veux réaliser quelque chose mais que tu n’as pas forcément les compétences ou la technique pour y arriver, tu trouves quelqu’un avec qui t’associer. La dimension du partage arrive naturellement, c’est une sorte de bénéfice induit.

R: Hugo et moi on partage cette curiosité pour les gens, leur personnalité et leurs talents, du coup notre famille s’élargit à chaque nouveau projet.

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6) A deux jours de votre présentation commune, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

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H: C’est assez paradoxal car nous avons travaillé très en amont, et le fait d’avancer à plusieurs nous a obligé à respecter un certain planning, et de fait nous sommes déjà prêts ! C’est complètement nouveau pour moi, du coup je m’ennuie presque, je ne suis pas habitué ! Evidemment c’est bien d’être prêt, mais on l’a été presque trop tôt ! [il rit]. J’aime quand ça fuse jusqu’au dernier moment.

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R: Moi ça va ! Je trouve qu’on s’est déjà embarqués dans un sacré truc !

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Propos recueillis par Vincent Laserson

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www.hugomatha.com

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www.rubin-music.com

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www.02032016.com